Quelques mots d’Arminius, théologien oublié, sur le Calvinisme

Avant de vous lancer dans votre lecture, je vous invite à lire cet appel à l’amour, à l’unité et au respect des options théologiques des uns et des autres écrit postérieurement au présent article : Calvin/Arminius a-t-il été crucifié pour vous ?

Jacobus ArminiusJacobus Arminius, théologien oublié par excellence, possédait pourtant un esprit incisif et une plume vigoureuse pour débusquer les fallacies du système théologique calviniste qui, derrière un certain verbalisme théologique, cache un déterminisme implacable qui conduit logiquement Dieu à devenir l’auteur du mal (l’on s’en convaincra en lisant l’excellent « Against Calvinism » de Roger Olson où ce dernier expose brillamment et avec une diligente logique combien cette doctrine blesse irrémédiablement le caractère de Dieu, qui il s’est pleinement révélé être en Jésus-Christ et la responsabilité humaine face au péché). Sa pensée a enfanté l’arminianisme, mère du méthodisme, des différents courants dits « évangéliques » ainsi que du pentecôtisme (en bref : l’écrasante majorité des protestants du 21e siècle). Pourtant, comble du comble, ces mouvements ignorent cet homme tandis qu’ils connaissent Calvin avec lequel ils sont en désaccord sur de nombreux points.

À ce jour, aucune traduction française de ses œuvres n’existe. Je me propose donc de livrer ici un court extrait de l’un de ses écrits phares : sa « Déclaration des sentiments » relativement au Calvinisme où il critique l’idée de la double prédestination (point de désaccord par excellence entre l’évangélique européen classique et le calviniste). Cette traduction a été réalisée à partir de la traduction anglaise.

La grande influence et puissance que possède cette considération (la double prédestination/ le calvinisme) pour subvertir le fondement de la religion chrétienne pourrait être décrite de façon appropriée par la parabole suivante :

Supposons qu’un fils dise : « Mon père aime tellement la justice et l’équité, que, malgré le fait que je suis son fils bien-aimé, il me déshériterait si j’étais désobéissant. L’obéissance est donc un devoir que je me dois de cultiver assidûment, et qui m’incombe hautement, si je veux être son héritier. » Mais supposons maintenant qu’un autre fils dise : « L’amour que mon père me porte est si grand, qu’il est absolument résolu à faire de moi son héritier. Il n’est, dès lors, pas nécessaire que je m’efforce sincèrement à lui obéir ; puisque, selon sa volonté immuable, je deviendrai son héritier. Oui, il va par une force irrésistible m’amener à lui obéir, plutôt que de souffrir que je ne devienne pas son héritier. »

Mais un raisonnement tel que le dernier [celui de l’autre fils] est diamétralement opposée à la doctrine contenue dans les paroles suivantes de Jean-Baptiste : « Et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour ancêtre!’ En effet, je vous déclare que de ces pierres Dieu peut faire naître des descendants à Abraham. » (Matthieu 3: 9).

N.B. : La critique ici adressée l’est bien au calviniste « pur » et non au calviniste antinomiste. Jacobus Arminius considérait que le calviniste, s’il prend au sérieux son propre système de pensée et le pousse à ses « conséquences logiques », rentre dans la parabole ci-dessus.

Extrait de « Une déclaration des sentiments d’Arminius » de Jacobus Arminius. Discours prononcé à La Haye le 30 octobre 1608 (trouvable gratuitement sur internet à l’adresse suivante : http://www.ccel.org/ccel/arminius/works1.iii.html). Je vous invite également à consulter « Predestination calmly considered » de John Wesley. J’estime que, comme j’ai lu Calvin, un calviniste se doit de lire ces deux résumés de la pensée arminienne afin d’être sûr, par cette exercice dialectique, de sa position théologique. Par ailleurs, je mets au défi tout calviniste de lire « Against Calvinism » de Roger Olson et de rester calviniste, je suis presque sûr que c’est tout bonnement impossible. Et, au cas où cela serait possible, certains calvinistes ressortiraient, au minimum, avec beaucoup plus d’humilité de cette lecture et arrêteraient d’essayer de faire croire aux autres qu’eux seul sont théologiens et qu’eux seul développent une théologie « réformée », « centrée sur Dieu », respectant sa « souveraineté » et « pour sa gloire » (comme si ça n’était pas le cas pour toutes les autres théologies réformées/évangéliques… Quelle outrecuidante présomption !).

Pour ceux qui seraient intéressés par la théologie réformé évangélique arminienne (qui se tient donc fermement aux 5 solae et qui est à opposer à la théologie arminienne « populaire » qui frôle parfois le semi-pélagianisme voire le pélagianisme), je ne peux assez vous recommander de visiter le site de la « Société des évangéliques arminiens » : http://evangelicalarminians.org/. Vous y trouverez nombre d’articles anglais stimulants. Pour ce qui est de la littérature arminienne, vous trouverez sur ce blog, une bibliographie arminienne contenant des ouvrages majeurs.

Notes :
(1) Bien que mes propos puissent parfois être quelque peu « passionnés » eu égard à ce débat, aucune inimitié envers nos frères calvinistes ne sera permise dans les commentaires. Tenir pour sûr que le système théologique de l’autre est inconséquent sur le plan de la foi et de la raison voire déviant sur le plan spirituel est une chose certes, l’exigence de l’amour fraternel évangélique en est une autre et d’un tout autre prix ! Par exemple, des hommes comme R.C. Sproul, John Piper ou d’autres sont des théologiens calvinistes américains dont la valeur est indubitable et que j’écoute régulièrement et avec grand plaisir et ce nonobstant les malheureuses fallacies de leur système théologique. En outre, un homme comme C. Spurgeon, mais plus prosaïquement des frères autour de moi sont des témoignages vivants que cette théologie peut malgré tout produire des hommes de Dieu. Enfin, que cela soit précisé : « J’apprécie énormément Jean Calvin ! » Son commentaire est un des premiers que je consulte et son IRC est une véritable mine d’or pour qui sait y dissocier le grain de l’ivraie.

(2) Il est facile de critiquer, moins de construire dit-on toujours. Cela est bien vrai. Je n’ai pas la place de le faire ici, donc je vous propose de lire un extrait (deux pages) du livre « Against Calvinism » dans lequel Roger Olson brosse rapidement les lignes d’une alternative à la doctrine de l’ « élection inconditionnelle » que l’on équivaut souvent avec son corollaire qu’est la double-prédestination. C’est ici : Alternative élection inconditionnelle. Pour une présentation systématique complète, l’on consultera : « Arminian Theology: Myths and Realities » de Roger Olson ; le titre n’est pas anodin… Le calviniste comme le chrétien lambda n’a en général qu’une idée tellement caricaturale de l’arminianisme (soi-disant déni de la souveraineté de Dieu, réintroduit soi-disant un salut méritoire, soi-disant rejet de la mort spirituel/état de corruption total de l’homme…) que l’on peut parler de « mythes ». Ces derniers découlent souvent, malheureusement, de calomnies calvinistes à caractère obscurantiste qui ont la vie dure.

(3) Voici une rapide liste de versets allant à l’encontre du calvinisme et de sa double-prédestination : 1 Timothée 2, 3-6 (3 Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur, 4 qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. 5 Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, 6 qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. C’est là le témoignage rendu en son propre temps.) ; 2 Pierre 3, 9 ; Jean 3, 16 ; Ézéchiel 18, 32 ; 1 Jean 4, 8 ; Romains 10, 6-11 (le regard de Médusa in litera pour le calviniste) ; Luc 19, 41-44, Mat 23, 37-39 (pourquoi Jésus se lamente-t-il à cause d’une partie des habitants de Jérusalem si, dans la perspective calviniste, il a décidé de toute éternité de ne pas élire/sauver les personnes sur lesquelles il se lamente alors qu’il le pouvait ? Le Jésus calviniste serait au mieux cynique en se lamentant de la sorte !) et bien d’autres ! Les calvinistes recourent en général à des exégèses inconséquentes sur le plan de la langue et du contexte relativement à ces passages… Foi d’exégète (telle est ma spécialité… Les langues bibliques et l’exégèse) ! L’on pourra consulter bien entendu le « The New Chosen People: A Corporate View of Election » de William W. Klein où il conduit une étude des passages utilisés pour défendre une prédestination des individus. Il en vient à la conclusion suivante : « Les auteurs du Nouveau Testament aborde l’élection salvifique premièrement, si pas exclusivement, en termes corporels/corporatifs. » (p. 257). Autrement dit, l’élection de l’Église est inconditionnelle. Christ est le choisi et l’Église est choisie par lui, mais pour ce qui est des individus qui la composent, l’élection est conditionnelle (cf. l’Ancien Testament et Israël…).

(4) Enfin, voici une liste de citations de Pères de l’Église en anglais (la langue dans laquelle je lis la littérature théologique… Je traduirais peut-être cette liste) montrant que l’arminianisme n’a pas fait œuvre nouvelle. En fait, presque tous les Pères de l’Église sont arminiens. Suis-je pleinement d’accord avec toutes ces citations ? Évidemment que non, mais elles montreront bien que le calvinisme et son interprétation de la prédestination est un corps étranger au christianisme qui s’y est greffé surtout par le biais d’Augustin. Grand auteur certes, mais aussi un crypto-manichéen (effrayant fait débattu depuis 2000 ans et maintenant avéré, certifié par la recherche récente) qui a apporté un bon lot d’idées fausses dans le christianisme (p.e. le pédobaptisme, la distorsion de la vision chrétienne du célibat, la guerre juste, le salut seulement dans l’Église catholique, le purgatoire, l’intercession des saints…). Ceci explique cela.

– « To no one, not even the recalcitrant unfaithful, does God deny grace sufficient for salvation. » (Clément de Rome « First Epistle Corinthians » – Un témoin [« champion » de l’arminianisme] du 1er siècle qui connaissait Pierre et Paul ! Sa lettre était lue par les églises des premiers temps. Il apparaît clairement que, par sa théologie, Clément aurait été offusqué par les positions augustino-calvinistes).

– « The reception of God’s electing love hinges upon man’s yes or no decision, foreknown by God from eternity, but without coercively predetermining their human freedom. » (Cyprian « Treatise » – un magnifique résumé de la pensée arminienne).

– « The principle of free moral agency is preserved in and through the doctrine of sufficient grace. » (Nemesius « On the Nature of Man »).

– « God compels not, for compulsion is repugnant to God, but He supplies to those who seek, and bestows on those who ask, and opens to those who knock. » (Clement of Alexandria).

– « God ministers eternal salvation to those who cooperate for the attainment of knowledge and good conduct. Since what the commandments direct are in our own power, along with the performance of them, the promise is accomplished. » (Clement of Alexandria).

– « Sin is never unilaterally imputed, but chosen, re-chosen, and transmitted historically and intergenerationally by repeated social choice. » (Ephraim Syrus « Nisibene Hymns »).

– « God antecedently wills that salvation of all, and no one is rejected by God except through the exercise of his or her own freedom. » (Cassian « Conferences »).

– « All of the descendants of Adam and Eve have Jesus Christ as their mediator. » (Prosper of Aquitaine « Grace and free will »).

– « God enlightens all so far as in Him lies. But some, willfully closing the eyes of their mind, would not receive the rays of that light, their darkness arises not from the nature of the light, but from their own wickedness, who willfully deprive themselves of the gift. All depends indeed on God, but not so that our free will is hindered. » (Chrysostom).

– « God has neither predestined anyone to evil, nor saved anyone unwillingly. » (Council of Quiersy).

– « Lest some suppose, from what has been said by us, that we say that whatever occurs happens by a fatal necessity, because it is foretold as known beforehand, this too we explain… And again, unless the human race has the power of avoiding evil and choosing good by free choice, they are not accountable for their actions. » (Justin Martyr).

– « We were not created to die. Rather, we die by our own fault. Our free will has destroyed us. We who were free have become slaves. We have been sold through sin. Nothing evil has been created by God. We ourselves have manifested wickedness. But we, who have manifested it, are able again to reject it. » (Tatian).

– « But man, being endowed with reason, and in this respect similar to God, having been made free in his will, and with power over himself, is himself his own cause that sometimes he becomes wheat, and sometimes chaff. » (Irenaeus).

– « The intent of God to save all does not imply that God absolutely wills to save all whether they want to be saved or not, but that God wills that all may be saved by means appropriate to the nature of human freedom and moral integrity. » (Irenaeus « Against Heresies »).

– « The sin within man has not abolished his free will but it surely has depraved it, and no inward transformation can be effected without the assent of mans free will. » (Victorin Strigel « The Weimar Disputation of 1560 »).

– [Athanase critique ici le dogme calviniste selon lequel Dieu aurait prédestiné certains à ne pas le connaître, à l’enfer] “For of what use is existence to the creature if it cannot know its Maker? […] and why should God have made them at all, if He had not intended them to know Him?” (Athanase d’Alexandrie, De l’incarnation).

En français, l’on pourra consulter les deux articles de David Vincent consacrés à ce sujet : « Les implications morales du déterministe théiste » et « Action divine et responsabilité humaine dans l’œuvre du salut ».

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10 réflexions sur “Quelques mots d’Arminius, théologien oublié, sur le Calvinisme

  1. Bonjour !

    Voici une petit extrait d’Arminius (dont les oeuvres en Français sont réellement un besoin) avant qu’il ne bascule du côté obscur de la force !! http://leboncombat.fr/quand-arminius-declare-sa-flamme-a-jean-calvin/

    Et sinon, voici un court article dans lequel j’explique pourquoi, selon moi, les relations entre calvinistes et non calvinistes devraient être paisibles : http://leboncombat.fr/calvinistes-et-non-calvinistes-une-cohabitation-possible/

    Bien à toi.
    Guillaume

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    • Bonjour Guillaume,

      A vrai dire, je pense qu’il aurait toujours défendu ce qu’il dit là, et ce même après avoir été convaincu par l’Écriture de rejeter certaines doctrines calvinistes. Je le note dans cet article : je lis toujours Calvin avec grand plaisir. On caricature souvent Arminius, sa pensée et ses descendants spirituels.

      Je viens de lire ton article. Vaste question que la cohabitation de telles tendances au sein d’une même église ! Mais oui, on devrait être capable de l’assurer et d’en discuter posément dans l’amour.

      Bien à toi,

      Timothée

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  2. Pingback: La parabole du puits ou « comment un Dieu d’amour sauve-t-il ?  – Le calvinisme pesé et trouvé léger | «Un homme et une croix

  3. Pingback: Les implications morales du déterminisme théiste - Didascale

  4. Un très bon article, qui tombe bien pour notre groupe de discussion théologique. Peux-tu me donner d’autres ouvrages en français sur les questions soulevées par Arminius et leurs implications dans la théologie de nombreuses églises protestantes et évangéliques aujourd’hui.?

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    • Bonjour M. Leclercq,

      Merci, je suis heureux que cela serve à votre groupe de discussion ! C’est bien là la plus grande utilité que pourrait avoir cet article.

      Malheureusement, je n’ai pas d’ouvrages en français qui me viennent à l’esprit. Je sais que le théologien Alfred Kuen est arminien par contre. Si vous pouviez mettre la main sur un livre qu’il a écrit sur la question du salut (sotériologie), nulle doute que vous y trouveriez une présentation arminienne de celui-ci.

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    • Bonjour M. Leclerc,
      J’ai trouvé le livre suivant en français:
      « Les fondements de la Théologie Wesleyo-Arminienne », du Dr. Mildred Bangs Wynkoop.
      Il traite en profondeur la question du salut du point de vue arminien, en opposition avec le point de vue calviniste, avec une analyse historique de la controverse sur la prédestination inconditionnelle. Je l’ai trouvé complet et équilibré, en espérant qu’il vous aide, bonne lecture

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    • Bonjour Sylvain,
      Heureux que cet article ait pu vous aider, je l’ai écrit dans ce but (ayant d’abord dû « m’aider moi-même » par rapport à ce sujet en passant par des théologiens anglais ayant critiqué la double prédestination).
      Merci, bonne année 2016 également !

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  5. Pingback: Test : Êtes-vous « arminien  sans même le savoir ? | «Un homme et une croix

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