Un argument embarrassant plaidant pour les évangiles…

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Quelle est la différence entre une biographie et une autobiographie ? Par le biais de la deuxième, vous êtes en fait invité à
écrire votre propre histoire/vie. Cet exercice hautement intime et assez répandu, a bien entendu ses avantages et ses inconvénients. Examinons cela ensemble.

Avantages

  • Vous êtes normalement le seul à être en possession d’une connaissance intime et exacte de votre vie. Autrement dit, vous pouvez décrire des événements dans une perspective inaccessible aux autres.
  • Vous possédez des détails que personne d’autre n’a.
  • Vous êtes en mesure de décrire des émotions qui pourraient ne pas avoir transparu par votre attitude extérieure.
  • Vous pouvez décrire des pensées que vous n’avez peut-être jamais partagé auparavant. Ces dernières éclairent alors les événements relatés d’une lumière nouvelle.

Inconvénients

  • Étant directement impliqué par tout ce que vous racontez, vous risquez certainement d’être biaisé dans votre compte-rendu de certains événements.
  • Vous allez sans aucun doute être tenté de vous décrire sous le meilleur jour possible.
  • Même lors de la description des erreurs que vous reconnaîtrez, vous ajouterez des excuses supposées rationaliser vos erreurs…

Je ne doute pas que vous seriez en mesure de lister bien plus d’avantages et d’inconvénients que cela, cependant ces quelques points suffiront pour éclairer le propos qui sera subséquemment développé.

C’est un fait certain et la recherche récente le prouve abondamment : lorsque nous écrivons une autobiographie ou même une biographie relativement à quelqu’un que nous aimons, nous redoublons d’efforts, consciemment ou inconsciemment, afin de lisser, atténuer voire dissimuler les détails embarrassants. Partant de cette réflexion, il est dès lors surprenant de constater que les récits évangéliques (mais également les autres récits bibliques !) regorgent de détails « croustillants » sur l’imperfection manifeste des premiers chrétiens (sur le caractère biographique des évangiles [biographie ancienne], l’on se référera à l’argumentaire développé par le chercheur/exégète Craig S. Keener dans ces deux articles : 1 et 2). La question que nous devons nous poser par rapport à cette considération est la suivante : qu’est-ce que les auteurs des évangiles « gagnaient » en mentionnant des détails de cet acabit ? Il semble clair que, si ces détails étaient effectivement embarrassants, ils avaient sans l’ombre d’un doute plus à perdre qu’à gagner. Alors, pourquoi les mentionner ? Un tel comportement presse tout homme raisonnable à se questionner honnêtement sur les motivations l’ayant enfanté. Je vous propose par conséquent de nous pencher sur quelques détails embarrassants présents dans les récits évangéliques.

Les apôtres…

  • …sont décrits comme stupides (p.e. Marc 9, 32 ; Luc 18, 34). Ils ne comprennent rien.
  • …semblent souvent indifférents, très peu « spirituels ». En effet, ils s’endorment continuellement le soir où Jésus est trahi (Matthieu 26, 40. 43. 45 – par trois fois en fait).
  • …sont réprimandés sévèrement. Pierre se voit qualifié de « Satan » par Jésus (Marc 8, 33). Ce qui n’est pas la moindre des accusations, vous en conviendrez bien volontiers je suppose.
  • doutent franchement de la résurrection de Jésus qui leur avait pourtant été assurée à de nombreuses reprises par ce dernier (Matthieu 28, 17, Luc 24, 11).

Bien d’autres détails de ce genre abondent dans les écrits néotestamentaires et plus particulièrement dans les évangiles. La question est maintenant la suivante : pourquoi est-ce que les auteurs des évangiles ont retranscrit de tels événements ? Les taire eut été d’une facilité tout à fait évidente. La seule raison qui s’impose à l’esprit est la suivante : parce qu’ils retranscrivent des faits vécus ou hérités par tradition orale (cf. Jesus and the Eyewitnesses: The Gospels as Eyewitness Testimony de Richard Bauckham). L’on pourrait objecter à pareille affirmation que « les évangiles ont été écrits bien des années après par des chrétiens sous couvert d’anonymat. » Cependant, la même interrogation demeure : pourquoi est-ce qu’un chrétien, qui se dévoue manifestement à propager le christianisme rendrait compte d’un tel amas de détails embarrassants à propos des « saintes figures » qui ont fondé le mouvement pour lequel il risque sa vie et est moqué quotidiennement s’ils sont faux (cf. « Les persécutions dans l’Antiquité. Victimes, héros, martyrs » de la fameuse historienne française M.-F. Baslez) ? Ça serait le comble de l’inconscience et de l’inconsistance… La seule raisonnable conclusion est que ces détails renvoient à des faits vérifiables par les destinataires historiques de ces écrits. Luc semble par ailleurs l’affirmer dans son prologue (Luc 1, 1-4) : « Plusieurs ayant entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, 2 suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la parole, 3 il m’a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d’une manière suivie, excellent Théophile, 4 afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus. »

Mais les apôtres ne sont pas les seuls décrits à l’aide de détails embarrassants. Les évangiles regorgent également de détails qui auraient été jugés inappropriés par leurs contemporains au sujet de Jésus.

Jésus…

  • …est appelé un « fou » (Jean 10, 20).
  • …est appelé un « ivrogne » (Matthieu 11,19).
  • …est appelé un « démoniaque » (Marc 3, 22 ; Jean 7, 20 ; 8, 48).
  • …s’est laissé essuyer les pieds par les cheveux d’une prostituée (Luc 7, 36-39). De quoi choquer pas mal de « religieux » de l’époque… et d’aujourd’hui…

Encore une fois, il est hautement nécessaire de se poser la même question. Si les auteurs des évangiles relatent des faits ayant pour but d’établir les fondements de leur « nouvelle religion », pourquoi laisseraient-ils de tels détails ? Jésus est censé être le héros de l’histoire. Il est censé être le parfait Fils de Dieu/messie aux yeux du lectorat. Pour le Juif de l’époque, ce genre de détails disqualifie ipso facto Jésus de ce titre. Ce genre de religieux voulant à tout prix préserver la dignité et la sainteté du « Saint-béni-soit-il » (הקדוש ברוך הוא/[HaKadosh Baruch Hu] – appellation commune de Dieu dans le judaïsme) serait probablement plutôt heureux en apprenant que Jésus, cet imposteur qui prétendait porter/représenter le Nom de Dieu, est crucifié à la fin du livre. Pour lui, il salissait sans l’ombre d’un doute le Nom du « Saint-béni-soit-il ». Tandis que pour les grecs, un « homme dieu » (soit l’idée grecque de « θεῖος ἀνήρ »/[theios aner]) n’a rien de bien surprenant à condition que ce dernier, comme Alexandre, soit puissant en paroles et en actes et meurt in fine glorieusement (il y avait en effet l’idée de la « mort glorieuse/héroïque » dans la pensée grecque)… mais pas en se laissant appréhender sans résistance et en mourant sur une croix comme un « criminel de bas-étage ». C’était le comble de l’échec pour un grec, une réfutation cinglante de sa condition de « homme dieu », et ce même s’il ressuscite effectivement après. Le dieu de la pensée grecque n’aurait jamais accepté pareil châtiment sur la terre, il n’y serait même pas réellement descendu en fin de compte (la photographie à droite est celle d’un graffiti du 2e siècle où l’on peut voir un homme rendant un culte à un âne sur une croix… Il y est inscrit en grec : « Alexamenos adore Dieu »)220px-Alexorig. Les apôtres ne semblent pas chercher à inventer une histoire, à construire un mythe finement tissé afin de plaire à leurs contemporains et de faire en sorte qu’ils croient, se convertissent et meurent au nom d’un mensonge (2 P 1, 16 : « Ce n’est pas, en effet, en imitant des mythes habilement conçus, que nous vous avons fait connaître la puissance et l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, mais nous étions plutôt des témoins oculaires de sa majesté. »). Ils se sont évertués à donner un témoignage oculaire de la vie, du ministère, de la mort, de l’enterrement et de la résurrection de Jésus Christ (cf. le tout grand Wolfhart Pannenberg : « La thèse selon laquelle Jésus s’est levé à nouveau, le Jésus mort de Nazareth est parvenu à une nouvelle vie, implique déjà une revendication d’historicité. » Dans sa : Systematic Theology. Vol. 2, pg 359). Par conséquent, les détails désobligeants ont été maintenus dans l’histoire en raison du but que ces premiers chrétiens servaient : la vérité (à laquelle ils étaient par ailleurs liés moralement selon leur système de pensée/croyance).

C’est pourquoi, la prochaine fois que vous lirez une autobiographie, je vous invite à noter diligemment et avec esprit critique tous les détails embarrassants que vous y trouverez. Je parie que vous n’en relèverez pas beaucoup. En outre, dans l’éventualité où vous parviendriez tout de même à dresser une liste conséquente de détails désobligeants, j’ai l’intime certitude qu’elle ne rivalisera pas avec la masse impressionnante de détails de ce genre contenu dans le corpus biblique !

La Bible n’est pas un ensemble de livres relatant la vie de « saints hommes »… mais plutôt un recueil rempli d’hommes faillibles dont la seule justification et espérance se situait dans leur foi en la grâce de Dieu.

Simul iustus, simul peccator (à la fois juste et pécheur) – Martin Luther.

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Liste de détails bibliques embarrassants supplémentaires que j’augmenterai au fur et à mesure (votre aide serait la bienvenue ! Laissez des commentaires avec vos suggestions) :

  • En Genèse, non seulement Abraham marie sa demi-sœur Sarah, mais en plus il la livre comme femme à Pharaon pour sauver sa peau.
  • En Exode 6, 20, l’on apprend que le père de Moïse (Amram) épouse sa propre tante, inceste qui sera bien entendu interdit par après dans le livre du Lévitique. Ce texte dérangeant a pourtant été retenu.
  • En 2 Samuel 11, le roi David, figure biblique hautement spirituelle (cf. les psaumes), fait assassiner un homme (un héro de son armée : Urie) afin de pouvoir coucher avec la femme de ce dernier : Batsheba.
  • Le prophète Jonas désobéit et conteste l’ordre de Dieu d’évangéliser Ninive parce qu’il est… raciste ! En effet, il l’explique à la fin du livre, il sait que Dieu, dans sa grâce, peut toucher le cœur des ninivites et il ne pense pas que ces étrangers le « méritent ».
  • Le prophète Osée se marie avec une prostituée.
  • En Galates 2, 11-14, Pierre (le Pierre de bien après la résurrection, le leader de l’église) agit comme le plus bas des hypocrites et a honte des grecs (des « étrangers » pour lui) devant les juifs.

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Article intéressant au sujet de la fiabilité scientifique des traditions/événements collationnés et rapportées dans les évangiles par l’exégète Craig S. Keener : http://www.craigkeener.com/gospel-truth-luke-11-4/

L’on pourra également consulter une série de deux articles examinant la fiabilité des documents bibliques du point de vue des critères internes et externes à ces adresses : http://journaldunchretien.blogspot.fr/2010/05/la-bible-est-elle-historiquement-fiable_08.html et http://journaldunchretien.blogspot.fr/2010/05/la-bible-est-elle-historiquement-fiable_09.html

Librement inspiré, réécrit et augmenté de : http://www.dyerthoughts.com/home/embarrassing-testimony-confirms-the-gospels

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