La place des chrétiens dans le monde – Témoignage des premiers chrétiens

Siemiradzki_Christian_DircePeinture d’Henryk Siemiradzki. L’on y voit une femme chrétienne subir le martyr sous l’empereur Néron dans une remise en scène sanglante du mythe de Dircé.

J’ai découvert récemment un superbe témoignage des chrétiens des premiers siècles et je ne peux m’empêcher de le partager avec vous. Ce témoignage n’est autre que la « Lettre à Diognète », document datant du 2e siècle après Jésus-Christ, qui a été écrit par un auteur anonyme. Ce dernier y fait l’apologie (défense) des chrétiens face à un empire romain dubitatif relativement à cette nouvelle secte à la propagation bien rapide. Le rôle et la place du chrétien au sein d’une société non-chrétienne semblait notamment être une question essentielle pour son auteur. J’ai été abasourdi par la pertinence de cet écrit par rapport à aujourd’hui. L’on croirait presque qu’il parle des chrétiens du 21e siècle ! Mais trêve de bavardage, que le texte s’exprime (je l’ai cependant un petit peu annoté par le biais de crochets « [x] ») :

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes [éléments qui pourtant régissent la majorité des autres religions. P.e. Judaïsme, Islam, Bouddhisme… Le Christianisme, lui, est universel]. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres [les premiers chrétiens ne mélangeaient pas le politique et la foi car leur espérance eschatologique était en la « Jérusalem d’en haut ». Certains « chrétiens » du 4e siècle commenceront malheureusement à lier politique et foi…], ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets [critique de la mythologie grecque ?] ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine [et là, de la philosophie ?]. 

Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence [ce sont donc des citoyens irréprochables et bien intégrés], tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre [ils ont donc des lois/une éthique qui rentrent en tension avec celles de l’état… Aïe !]. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés [leur véritable patrie et espérance étant céleste]. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère [contre le nationalisme/fascisme ! Nous sommes tous étrangers sur la terre]. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés [ils ont une éthique différente en ce qui concerne le respect de la vie ; aujourd’hui, l’on dirait peut-être : « mais ils n’avortent pas »]. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire [le partage leur est important].

Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie. Les Juifs leur font la guerre comme à des étrangers, et les Grecs les persécutent ; ceux qui les détestent ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité [cela reste encore bien vrai aujourd’hui…].

En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. L’âme habite dans le corps, et pourtant elle n’appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent dans le monde, mais n’appartiennent pas au monde. L’âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible ; ainsi les chrétiens : on les voit vivre dans le monde, mais le culte qu’ils rendent à Dieu demeure invisible [à l’époque, les chrétiens fonctionnaient en « églises de maison », ce qui rendait leur culte encore plus « invisible » et énigmatique pour toutes les autres religions instituées et organisées autour de temples et de rituels publics]. La chair déteste l’âme et lui fait la guerre, sans que celle-ci lui ai fait de tort, mais parce qu’elle l’empêche de jouir des plaisirs ; de même que le monde déteste les chrétiens, sans que ceux-ci lui aient fait de tort, mais parce qu’ils s’opposent à ses plaisirs [les chrétiens sans être des moralistes (ce qui est malheureusement parfois le cas) sont des témoignages vivants d’un autre style de vie, ce dernier, bien entendu, dérange].

L’âme aime cette chair qui la déteste, ainsi que ses membres, comme les chrétiens aiment ceux qui les déteste. L’âme est enfermée dans le corps, mais c’est elle qui maintient le corps; et les chrétiens sont comme détenus dans la prison du monde, mais c’est eux qui maintiennent le monde. L’âme immortelle campe dans une tente mortelle: ainsi les chrétiens campent-ils dans le monde corruptible, en attendant l’incorruptibilité du ciel. L’âme devient meilleure en se mortifiant par la faim et la soif ; et les chrétiens, persécutés, se multiplient de jour en jour [paradoxe historique qui s’est vérifié tout au long de l’histoire… Cf. le renouveau chrétien en Égypte et en Chine aujourd’hui]. Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter. »

De la Lettre à Diognète, nn. 5-6 (Funk, 1, 317-321).

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