La parabole du puits ou « comment un Dieu d’amour sauve-t-il ? » – Le calvinisme pesé et trouvé léger

Avant de vous lancer dans votre lecture, je vous invite à lire cet appel à l’amour, à l’unité et au respect des options théologiques des uns et des autres écrit postérieurement au présent article : Calvin/Arminius a-t-il été crucifié pour vous ?


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Comment le Dieu d’amour et de paix révélé en Jésus-Christ sauve-t-il ? Telle est la question capitale sur laquelle se base le débat appelé calvinisme/arminianisme. Pour beaucoup, ce débat est au mieux incompréhensible au pire inconnu. Or, dans les églises (et même les non-dénominationnelles !), souvent les chrétiens sont, sans le savoir, dans l’un ou l’autre « camp ». Pourtant, ce sujet central touche à l’intégrité de Dieu, à sa bonté et à son plein amour ainsi qu’au carcan herméneutique (la méthode que l’on utilise pour interpréter) que l’on applique à l’ensemble du corpus biblique (même le chrétien qui ne fait « juste que suivre Christ » a des méthodes d’interprétation ; il est « théologien », il a un discours construit/raisonné [logien – logos/λόγος] sur Dieu [théo – theos/θεός]).

[Pour lire directement la parabole, vous pouvez passer ce paragraphe un peu « technique » et dialoguant avec le calvinisme/les calvinistes]. Souvent, le calviniste, même (très) éduqué (W. Grudem, par exemple, commet nombre d’erreurs graves dans sa systématique à cet égard ; il n’a bien sûr jamais lu Jacobus Arminius), possède une vision tellement caricaturale de l’arminianisme (ou du « synergisme évangélique » – tenu par la majorité des chrétiens aujourd’hui) qu’une discussion part dès le début sur de mauvaises bases. Le calviniste croit en fait être dans une sorte de position de supériorité et accepte, dans sa « grande et magnanime libéralité », de discuter avec un ignorant (au mieux – l’arminien ignorant doit juste être rééduqué selon eux) ou un hérétique (au pire – l’arminien théologien est une engeance d’un autre monde pour certains d’entre eux). Le fait est que ce type de calviniste commet l’erreur regrettable de confondre le pélagianisme ou semi-pélagianisme (une hérésie mettant en avant l’initiative humaine dans le processus du salut) avec l’arminianisme qui est la position, du moins j’en suis convaincu, qui rend le mieux compte de la pensée biblique. Équivaloir l’arminianisme, intéressé tout d’abord par la réputation et la gloire de Dieu, avec le pélagianisme (voire avec un certain néo/crypto-catholicisme pour les plus malhonnêtes ou les plus ignorants) est non seulement une calomnie mensongère indigne d’un chrétien, mais également une fallacie indigne d’un intellectuel. Amis calvinistes et curieux lecteurs de la Bible, comme Jésus parlait en paraboles, je vous invite à examiner la parabole suivante :


Plutôt que de rentrer dans des discussions abstraites, je vous propose ici une parabole qui sera à même de poser des questions saines à tout un chacun relativement à ce débat

Imaginez un profond puits avec d’abrupts et glissants côtés. Plusieurs personnes y gisent brisées et blessées, totalement impuissantes, au fond de ce gouffre ténébreux. Leur cri de désespoir déchire la nuit et ils en regrettent presque d’être venus au monde.

• Le Semi-pélagianisme présente Dieu comme arrivant au bord du puits et y jetant une corde. Il attend alors qu’une personne la saisisse. Une fois que c’est bien le cas, Dieu répond en criant : « Serre la bien et et enroule là autour de ta taille. Ensemble, nous allons te sortir de là. » Le problème est que la personne est trop mal en point que pour s’en sortir, la corde est trop faible, et le dieu du pélagianisme est trop « bon » que pour la forcer, il attend que ça soit elle qui lance le processus, qui prenne l’initiative, or, cela est tout bonnement impossible.

• Le Calvinisme (monergisme) présente Dieu comme venant près du puits, jetant une corde et descendant directement dans la fosse. Une fois au fond, Dieu enroule sa corde autour d’un nombre limité de pauvres bougres seulement, heureux élus qu’il a choisis arbitrairement avant même de descendre dans le puits ; il décide sciemment de laisser les autres à leur sort, et ce même s’il aurait pu les sauver aussi ; il en avait les moyens. Puis il remonte de la fosse avec ceux qu’il a choisis pour la « manifestation de sa propre gloire ». Il les tire ainsi en sécurité sans leur coopération. Le problème avec cette vision est que le Dieu pleinement révélé en Jésus-Christ qui pleure sur les incroyants de Jérusalem parce qu' »ils n’ont pas voulu » être rassemblé par lui (Mat 23, 37-39) est trop bon et aimant que pour sauver seulement une partie des personnes se tordant de douleur et dont l’âme implore inconsciemment pitié alors qu’il pourrait, selon cette vue, les sauver tous. Que penseriez-vous d’un père qui ayant assez de cordes pour sauver tous ses enfants tombés au fond du puits n’en sauve que quelques-uns et vous explique qu’il a fait tout ça selon « des desseins établis » et « pour sa gloire » ? Nul doute que cet homme pourrait être imputé de l’accusation de « non-assistance à personne en danger« .

• L’Arminianisme (synergisme évangélique) présente Dieu comme arrivant et jetant une corde en bas du puits et hurlant à pleine voix : « Accrochez-vous et ensemble, nous allons vous sortir de là ! » Personne ne bouge. Ils sont trop blessés pour cela. En fait, d’un point de vue pratique, ils sont presque « morts » parce qu’ils sont totalement impuissants. Alors, Dieu verse de l’eau dans la fosse et hurle encore plus fort : « Par pitié, détendez-vous et laissez l’eau vous porter hors du puits ! » En d’autres termes, il leur dit : « Flottez ! » Tout ce qu’une personne étant dans la fosse a à « faire » pour être sauvée est d’accepter de laisser l’eau la porter hors de la fosse. Elle prend une décision, mais elle ne fait aucun(e) effort/action ; l’homme est passif et dépendant de l’eau. Il ne fait qu’avoir foi en Dieu après réception de la grâce (l’eau) (la foi qu’il a est donc un don dépendant de la grâce) ; Dieu le sauve par sa grâce (l’eau). La foi est donc un moyen non méritoire, ce n’est pas du tout le levier ou le « facteur décisif » : qui serait en effet assez fou que pour se vanter d’avoir été sauvé parce qu’il a flotté/cru après écoute de la proclamation de la parole d’aide par Dieu et réception de la grâce (l’eau) !? L’on répondrait à un tel homme qu’il n’y est absolument pour rien dans cette affaire. L’eau est la grâce prévenante et potentiellement suffisante pour tous sans laquelle rien n’arrive. Bien entendu, dans cet exemple, certains, après avoir été touché par l’eau/la grâce, résisteront à cette grâce, au Saint-Esprit et prendront la décision de ne pas flotter, de résister à l’eau en nageant à contre-sens suivant leur nature pécheresse et coulant ainsi au fond du puits (Ac 7, 51 : « Hommes à la nuque raide, incirconcis de cœur et d’oreilles, toujours vous résistez à l’Esprit Saint ; vous êtes bien comme vos pères. »)… Il y a bien possibilité de résistance au Saint Esprit. L’arminianisme n’est pas un universalisme.

Je le répète ici encore : tenir pour sûr que le système théologique de l’autre est inconséquent sur le plan de la foi et de la raison voire déviant sur le plan spirituel est une chose certes, l’exigence de l’amour fraternel évangélique en est une autre et d’un tout autre prix. Outre cela, la nécessaire dissociation entre un système de pensée et une personne est toujours une exigence bonne à rappeler. Un homme comme C. Spurgeon, mais plus prosaïquement des frères autour de moi sont des témoignages vivants que cette théologie peut malgré tout produire des hommes de Dieu.

Nota bene : Relativement aux retours de quelques calvinistes pour lesquels le calvinisme serait ici « mal représenté », je pense qu’il est de bon aloi de réaffirmer que cette parabole présente bel et bien le calvinisme dans ses conséquences logiques (même si les calvinistes n’osent/n’aiment pas y penser), il ne faut pas avoir un doctorat en philosophie analytique pour tirer les « nécessaires conséquences » du monergisme. Roger Olson, concepteur initial de cette parabole que j’ai reprise et augmentée, est un théologien de grand talent qui a lu autant de littérature calviniste qu’un calviniste lui-même ! Pour ce qui est de l’auteur de ce blog, il a également lu énormément de littérature calviniste, ayant été, par le passé, séduit par cette pensée. En outre, j’aimerai rajouter que toutes les tentatives calvinistes que j’ai pu lire qui ont essayé de modifier la partie calviniste de l’histoire sont tombées dans une forme subtile de synergisme évangélique, ce qui est au fond rassurant ! In fine de toute façon et quoique l’on pense sur le sujet : Soli Deo Gloria.

Parabole tirée, traduite, modifiée et augmentée de : OLSON, R., Against Calvinism, Grand Rapids, Zondervan, 2011, p. 172.

Pour plus d’informations sur la pensée arminienne, voir mon autre article sur le sujet : https://timotheedavi.wordpress.com/2015/08/17/quelques-mots-darminius-theologien-oublie-sur-le-calvinisme/

Ou encore cet article (où est le libre-arbitre dans la Bible ? Partout… Cf. l’AT et le peuple qui, par moment, « résiste au Saint-Esprit ». Si le libre-arbitre n’est qu’une illusion, alors la Bible ne serait qu’un cirque ou au mieux un théâtre) : http://www.williambirch.net/2015/04/where-is-free-will-taught-in-bible.html

En français, l’on pourra consulter les deux articles de David Vincent consacrés à ce sujet : « Les implications morales du déterministe théiste » et « Action divine et responsabilité humaine dans l’œuvre du salut ».

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22 réflexions sur “La parabole du puits ou « comment un Dieu d’amour sauve-t-il ? » – Le calvinisme pesé et trouvé léger

  1. Éphésiens 1:4-511 : « En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, nous ayant prédestinés dans son amour à être ses enfants d’adoption par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté »

    Exode 9:12 Et l’Éternel endurcit le cœur du Pharaon, et il ne les écouta pas, comme l’Éternel avait dit à Moïse.

    Vous me semblez caricaturer la position de Calvin. L’élection porte des fruits et doit porter des fruits, même si ce ne sont pas ces œuvres qui sauvent et si la persévérance dans la foi est aussi un don de Dieu. Et tout ce qui est bon en l’homme provient de Dieu. L’élu ne saurait se complaire sciemment dans le péché. Mais la confiance dans la Grâce seule permet de ne pas désespérer de ses insuffisances et de ne pas se glorifier de ce qui est relativement valable en soi.

    Dans la pratique, cela me semble extrêmement proche de l’arminianisme tel que vous le résumez. La grande différence, c’est que vous tenez à laisser à la créature le choix d’un refus, tout en reconnaissant que Dieu a voulu ou permis son existence, tout ce qu’elle a vécu et en sachant à l’avance qu’elle refuserait le salut. Je trouve que vous êtes plus dans la différence de formulation que dans la divergence de fond. Si cette formulation vous aide à prier et à vivre dans la foi en Christ, pourquoi pas, à la rigueur ? Force est de constater que la doctrine de Calvin, qui me semble plus logique, heurte et provoque des difficultés à certains. Même si elle est plus juste que d’autres, elle ne doit pour autant empêcher personne de se tourner vers Jésus-Christ.

    Attention à l’anthropomorphisme : comme dans les paraboles (par exemple, le juge inique ! le maître aux talents), l’image de Dieu peut sembler injuste ou méchant. Mais l’homme qui ne sauve que quelques élus choisi à l’avance n’est qu’une image humaine. Comparaison n’est pas raison. Dieu nous a tous créés, comme il a créé tout ce qui pousse au mal et à l’épreuve. Comme si l’homme de votre parabole avait creusé le puits et payé des sbires pour y pousser des passants. Qu’importe alors qu’il sauve ceux qui coopèrent en se laissant flotter ? Les voies du Seigneur sont impénétrables : que connaissons-nous de ce qui s’impose pour le mieux au Créateur d’un univers ? Il y a des raisons pour lesquelles il y a des « vases de gloire » et des « vases de perdition ». Nous ne les connaissons pas et nous ne pouvons sans doute pas les comprendre.

    « Cela se fait par son jugement occulte et incompréhensible, combien qu’il soit juste et équitable. » (Calvin)

    « Job 38:1 Et l’Éternel répondit à Job du milieu du tourbillon, et dit:
    Job 38:2 Qui est celui-ci qui obscurcit le conseil par des discours sans connaissance ?
    Job 38:3 Ceins tes reins comme un homme, et je t’interrogerai et tu m’instruiras !
    Job 38:4 Où étais-tu quand j’ai fondé la terre? Déclare-le-moi, si tu as de l’intelligence. »

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    • Merci tout d’abord pour le ton irénique dont est empreint votre réponse.

      Je prendrai le temps de vous répondre dans la semaine.

      Le problème se situe bien au niveau de la question de la théodicée, du deus absconditus vs Deus revelatus (pleinement révélé en Jésus, amour sacrificiel pour tous) et du libre-arbitre et de la responsabilité humaine…

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  2. Bonjour,
    Bravo tout d’abord pour ce blog qui allie une maquette que je trouve plaisante et épurée, et un contenu qui me semble fouillé et d’une grande profondeur !

    Pour en venir au sujet de ce billet, il me semble que tout débat sur le salut, et plus globalement sur la relation entre le Créateur et Ses créatures, pose la question de la nature de l’omniscience divine.

    Ou, pour prolonger la réflexion de Didier ci-dessus qui dit « Dieu a voulu ou permis son existence, tout ce qu’elle a vécu et en sachant à l’avance qu’elle [la créature] refuserait le salut », Dieu connaît-il nos actes avant de nous créer ?

    Cette question, qui rejoint évidemment le sujet du libre-arbitre, me paraît à la racine du débat et des divergences de points de vue.

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    • Merci Yogi 😉

      Tu situes très bien la problématique Yogi. L’arminianisme classique affirme haut et fort la pleine omniscience divine : Dieu sait tout à l’avance et il connaît ceux qui répondront à la grâce reçue, mais en aucun cas ne prédestine-t-il certaines des créatures créées à son image et pour lesquelles il est mort au tourment éternel sans qu’elles en soient responsables. Plus exactement, il sait ce que la créature libre qu’il crée fera dans toutes les situations qu’elle rencontrera, rien ne lui est caché ou ne le prend par surprise et la créature est pleinement responsable. Dieu est donc en charge de l’univers, mais il ne cause pas tout, aussi non, l’homme ne pourrait être tenu responsable, or la Bible sous-entend partout que c’est bien le cas (« pourquoi résistez-vous au Saint-Esprit ? » serait bien cocasse si la cause ultime de cette résistance réside ultimement donc non en l’homme, mais en Dieu qui les prédestine à résister et à ne pas bénéficier de son amour répandu pour tous à la croix… CQFD, raisonnement contradictoire et circulaire). Cependant, pour ce qui est du bien, il est la condition d’effectuation de tout bien sur terre, ainsi personne ne peut se vanter ; c’est par son Esprit que le bien est mené à pleine effectuation.

      C’est très rapide et mal structuré comme réponse, mais j’espère que ça te donner une idée de ce que les premiers chrétiens, les Pères de l’Église, quelques médiévistes, Melanchton, Arminius, Menno Simons, John Wesley, C.S. Lewis et William Lane Craig (aujourd’hui) ont pu penser à l’encontre du déterminisme théologique qui porte le nom de calvinisme.

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      • Merci pour ces pistes de réflexion.
        Un point délicat me semble être que, si Dieu connaît nos actes avant de nous créer, autrement dit si nos choix sont déjà présents à l’esprit de Dieu avant que nous mêmes n’ayons jamais existé pour les faire, cela me semble entraîner que ces choix sont bien l’œuvre de Dieu et non les nôtres.

        De plus Dieu a le choix de nous créer ou pas, aussi dès lors qu’il choisit délibérément de nous créer alors qu’il connaît déjà nos futurs actes, c’est bien pour que nous exécutions ces actions qu’il vient de concevoir lui-même en notre absence.

        Il en résulterait que nous serions de simples automates déroulant le plan conçu par Dieu lors de la Création, et je vois mal comment concilier l’omniscience du Créateur avec le libre-arbitre de ses créatures. Mais peut-être ai-je raté quelque chose.

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  3. Yogi, nos choix sont bien nôtres et nous avons à en répondre. Ils sont liés à ce que nous sommes, à ce que nous désirons et à ce que nous préférons. Leibniz expliquait que notre âme possède la spontanéité morale et la conscience, même si pour Dieu omniscient ces choix apparaissent comme pré-déterminés.

    De ce que Dieu a choisi de nous créer, il ne résulte pas qu’Il nous a créés pour que nous Lui désobéissions. Il a choisi de nous créer malgré notre désobéissance, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à Lui. Par exemple, Dieu aurait pu ne pas créer Adam, bien qu’il eût prévu sa désobéissance. Mais en ce cas, Il n’aurait pas créé non plus la lignée de Jésus dont Adam était la racine. Il fallait peut-être Adam pour que la Parole s’incarnât un jour. La désobéissance d’Adam reste la sienne et contraire à la volonté divine, qui ne pouvait empêcher ce mal qu’en privant le monde de l’Incarnation.

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    • @ Didier :
      Je ne vois pas bien comment des choix qui nous pré-existent peuvent être les nôtres. Ces choix sont conçus et déterminés avant que nous-mêmes ne parvenions à l’existence pour pouvoir les formuler : comment alors pourraient-ils être « les nôtres » ?

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      • Dans sa « Théodicée », Leibniz l’explique avec la parabole du prince et des duellistes. Un prince interdit le duel à ses sujets. Par ailleurs, pour des raisons politiques, le prince doit impérativement envoyer se battre au front deux seigneurs, qu’il sait profondément fâchés et dont il prévoit le duel une fois qu’ils seront réunis. Mais en retenir un auprès de lui aurait trop de conséquences politiques néfastes. Il se résigne donc à perdre un des deux seigneurs lors d’un duel, qui reste un acte libre de rébellion de ses sujets.

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      • @Didier
        1) La comparaison me paraît fallacieuse. Dans le cas de Dieu Créateur et Omniscient, c’est Lui, étant ordonnateur de toutes choses, qui a organisé les événements qui ont abouti à la haine entre les seigneurs, c’est Lui qui met en place les « raisons politiques » requérant leur départ, c’est Lui qui les fera se rencontrer au front, et c’est Lui qui a déterminé lequel survivra.
        Tous ces événements sont prévus, choisis, conçus dans l’esprit de Dieu avant même que les seigneurs soient créés pour qu’ils viennent les exécuter et les matérialiser. Il n’y a donc nulle liberté dans leurs actions mais le simple enchaînement d’événements pré-déterminés et pré-organisés par Dieu.

        2). La grande affaire de la Théodicée est de dédouaner Dieu du mal, malgré qu’il soit l’ordonnateur universel. Leibniz le fait de diverses manières, et notamment en justifiant un « mal » apparent par un « bien » de niveau supérieur qui nous échappe, mais Leibniz ne conteste pas que Dieu ait tout su, prévu et ordonné depuis toujours, et que l’homme soit une sorte « d’automate spirituel ».

        3) Il y a assez longtemps que j’ai lu la Théodicée mais je n’ai aucun souvenir de la parabole des duellistes : en auriez-vous la référence précise (Livre et numéro de paragraphe) ? Merci d’avance.

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  4. 1) L’idée maîtresse réside dans la coexistence entre une interdiction et l’organisation des conditions de la transgression, organisation liée à d’autres considérations et qui laisse valide la responsabilité des transgresseurs. Le duel reste un choix des seigneurs.

    2) Le problème est plus ardu concernant Dieu, mais l’argument me semble probant et transposable si l’on considère.que Dieu a en vue la totalité des mondes possibles. Il pourrait toujours éviter tel mal particulier du monde qu’il a choisi de créer, mais nous ne connaissons pas les conséquences néfastes que cela aurait. Il pourrait aussi choisir de ne pas nous créer, voire de ne rien créer, mais pouvons-nous sincèrement le souhaiter ?

    Pour Leibniz (je suis bien d’accord avec lui), être déterminé n’exclut pas la liberté, si la détermination est liée aux perceptions et « appétitions » propres au sujet libre.

    Je ne crois pas que Leibniz emploie l’expression « automate spirituel », c’est en tout cas une contradiction dans les termes, au mieux un oxymore. L’automate n’a pas de conscience, il ne désire rien, il ne perçoit rien. Une fois créée, notre âme a elle la faculté d’agir librement en fonction de ce qu’elle ressent et désire. Le fait que Dieu ait su préalablement ses préférences et ses choix ne change rien à cela. Contrairement à un assemblage de pièces mécaniques, l’âme est une unité vivante. Même si ses actes sont connus de Dieu à l’avance, ils restent des actes libres.

    Un comportement imprévisible car dénué de raisons déterminantes serait celui d’un insensé et dépourvu de toute vraie liberté. Leibniz évoque un magistrat sévère et digne qui ne se promènera jamais nu dans la rue. Cette détermination exprime en partie sa liberté, qui lui permet de vivre conformément à ses aspirations propres. Elle ne lui est nullement contraire.

    Une roulette parfaite n’est pas libre.

    3) Pour les références, je n’ai pas la « Théodicée » sous la main ce soir. Dans mon souvenir, la parabole (que j’ai racontée à ma façon) se trouve plutôt au début. Elle n’occupe qu’un des nombreux paragraphes de ce texte touffu. Si je la retrouve, je vous le dirai.

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    • @ Didier
      1) Le choix du duel a été conçu par Dieu comme un fait, un événement avéré, avant que les seigneurs en question n’existent. Il n’est donc pas leur choix à eux.

      2)
      > « [Dieu] pourrait toujours éviter tel mal particulier du monde qu’il a choisi de créer, mais nous ne connaissons pas les conséquences néfastes que cela aurait. »
      Tout à fait. C’est là le grand sujet de la Théodicée, et cela ne répond en rien à la question de la liberté humaine.

      > « Il pourrait aussi choisir de ne pas nous créer, voire de ne rien créer, mais pouvons-nous sincèrement le souhaiter ? »
      Je ne vois pas bien ce que nos souhaits viennent faire dans le débat.

      > « Je ne crois pas que Leibniz emploie l’expression « automate spirituel », c’est en tout cas une contradiction dans les termes »
      Théodicée, Livre I, 52 : « Tout est donc certain et déterminé par avance dans l’homme, comme partout ailleurs, et l’âme humaine est une espèce d’automate spirituel, quoique les actions contingentes en général, et les actions libres en particulier, ne soient point nécessaires pour cela d’une nécessité absolue, laquelle serait véritablement incompatible avec la contingence. »

      Car en effet Leibniz distingue nécessité « absolue » et nécessité  » hypothétique », qu’il illustre ainsi : « je suis d’opinion que la volonté est toujours plus inclinée au parti qu’elle prend, mais qu’elle n’est jamais dans la nécessité de le prendre. Il est certain qu’elle prendra ce parti, mais il n’est point nécessaire qu’elle le prenne. »
      Il introduit ainsi un débat sur la force plus ou moins contraignante qui aboutira à l’action prise, mais sans nier que cette action est toujours prédéterminée. Et comme elle est prédéterminée par Dieu avant de nous donner existence, je ne vois pas où la liberté humaine pourrait se nicher.

      > « Le fait que Dieu ait su préalablement ses préférences et ses choix ne change rien à cela. »
      Cela change tout, puisque nos préférences et nos choix sont déterminés et choisis pour nous avant que nous n’existions.

      > « Une roulette parfaite n’est pas libre. »
      J’ai l’impression que vous faites référence ici à un autre argument de Leibniz, qui explique le mal par le fait que l’action de la créature « renferme une variation non seulement dans les perfections que Dieu a communiquées à la créature, mais encore dans les limitations qu’elle y apporte d’elle-même, pour être ce qu’elle est ».
      Mais c’est là oublier que c’est bien Dieu Créateur Omnisicient qui a lui-même conçu, voulu, apporté les limitations de Ses créatures. Sinon il n’est pas créateur, ou pas omniscient.

      Dieu est concepteur, responsable et metteur en scène, du début à la fin, de tous les événements et de toutes les actions de ses créatures. C’est là le prix de l’omniscience du Créateur.

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      • Tout ce que vous rapportez est valable et témoigne d’une lecture sinon convaincue du moins bien renseignée de l’auteur. Vous notez que Leibniz écrit « une espèce d’automate » et non simplement « automate », précisément parce que la prédétermination certaine des actes libres ne détruit pas leur contingence radicale. Il emploie le mot « automate » au sens étymologique. Il a tendu des verges pour se faire battre avec cette comparaison, et je comprends qu’elle a été autant reprise pour le contester.

        En définitive, tout repose sur votre refus de la liberté telle que la conçoit Leibniz. Le choix du duel est bien le choix des seigneurs et non celui du prince. Ce n’est pas non plus la volonté de leur Créateur, qui interdit le meurtre. C’est la grande distinction que Leibniz reprend entre la « volonté antécédente » et la « volonté conséquente ». Dieu interdit le péché d’une manière absolue mais cela d’une volonté antécédente, indépendamment de ses autres volontés. Avec en vue de grands biens, Dieu choisit de créer tel monde où tel péché est commis librement par telle créature. C’est la volonté conséquente. La liberté de la créature tient à ce que l’âme créée suit ses appétits et préférences propres, qu’elle agit spontanément, d’elle-même et en fonction de ses appétits et de son intelligence, de ce qu’elle est. Prévu, son péché reste de sa responsabilité, lié intimement comme il l’est à son être même, et il reste une infraction à la volonté divine (antécédente), un acte de rébellion.

        La différence avec un automate, c’est qu’un automate n’a pas de conscience intelligente et n’agit pas réellement. Ce n’est qu’un assemblage de pièces sans l’unité radicale de la monade qui fonde la liberté de l’âme rationnelle. L’automate mécanique reste une pluralité (cf. ce qu’il dit d’une impossible conscience mécanique et de son « moulin » qui ne saurait constituer l’intelligence consciente d’un esprit). Mais nous nous éloignons du sujet.

        Mon Leibniz, que vous me donnez envie de relire, est toujours dans des cartons de déménagement, mais à l’occasion, si je la retrouve, je vous donnerai la brève référence de la parabole du duel.

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      • @Didier
        > « La liberté de la créature tient à ce que l’âme créée suit ses appétits et préférences propres, qu’elle agit spontanément, d’elle-même et en fonction de ses appétits et de son intelligence, de ce qu’elle est. »
        N’oublions pas que les appétits, préférences et intelligence propres de la créature ont été placés là en parfaite connaissance de cause par son créateur, avec une parfaite et absolue connaissance de ce que la créature en ferait « spontanément ».
        Il ne peut exister nulle spontanéité, nulle marge d’autonomie, nulle liberté, pour la créature d’un Créateur Omniscient, du fait de la définition même des concepts de « créateur » et de « omniscient ».

        > « Prévu, son péché reste de sa responsabilité, lié intimement comme il l’est à son être même, et il reste une infraction à la volonté divine (antécédente), un acte de rébellion. »
        Si le péché est « prévu » avec une certitude absolue par le Créateur avant que la créature n’existe, il est donc « conçu » par le Créateur avant que la créature n’existe, et il est donc « voulu » par le Créateur lorsqu’Il crée la créature. Les actes de la créature sont créés concomitamment et indissolublement avec elle, dès lors que son Créateur est omniscient.

        Une « rébellion » est par définition impossible face à un créateur omniscient qui vous conçoit vous, vos pulsions et vos actes avant de vous donner vie.

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  5. Pingback: Les implications morales du déterminisme théiste - Didascale

  6. Cher Yogi, vous refusez de distinguer volonté antécédente et volonté conséquente. Le Créateur est créateur du monde en plus d’être créateur de chaque monade séparément.

    Comme créateur de chaque monade, Il exige d’elle de suivre certaines règles et Il a la volonté antécédente que ces fautes n’aient pas lieu. Il dote aussi certaines monades d’une pleine liberté de choisir en fonction de raisons déterminantes qui sont en elles et qui sont connues du Créateur. C’est une liberté rationnelle (pas une fantaisie). L’âme libre peut se rebeller contre cette volonté antécédente, quand elle préfère ses mauvaises raisons à la volonté divine antécédente. Ce sont ses raisons et elle ne peut pas reprocher à son créateur de l’avoir créée. Adam a choisi de désobéir et il ne peut pas reprocher à Dieu de l’avoir créé avec une âme trop sensible aux arguments d’Ève. Dans ce cas, Dieu aurait créé un autre être et non Adam.

    Si l’on fait abstraction du reste du monde qu’Il veut créer, Dieu pourrait empêcher ces fautes d’advenir (par exemple en faisant garder chacun par un ange irrésistiblement convaincant), mais ces fautes restent des actes libres de rébellion si Dieu S’abstient de cela. De même le prince de la parabole du duel (ce qui n’est qu’une comparaison imparfaite, comme pour les paraboles de Jésus d’ailleurs, où Dieu est comparé à un juge inique).

    Comme créateur du monde, Dieu a égard à une infinité de considérations, qui Le conduisent à permettre le mal comme absence du bien et condition d’un plus grand bien. Parmi les limitations et le mal qu’Il permet, il y a les fautes librement commises et prévues de Ses créatures. Il choisit de créer ces âmes et les conditions de leurs péchés, eu égard à des finalités qui nous dépassent infiniment, selon Sa volonté prenant en compte le monde dans sa totalité : c’est Sa volonté conséquente. L’âme libre ne va jamais à l’encontre de la volonté conséquente. Par exemple, Pharaon se rebelle contre la volonté antécédente divine qui lui enjoint de laisser partir les Hébreux, mais en cela Pharaon reste conforme à la volonté conséquente divine de montrer Sa puissance en vainquant la prestigieuse monarchie égyptienne. C’est pourquoi il est écrit : « L’Éternel endurcit le cœur de Pharaon. »

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    • Cher Didier vous me parlez de volonté alors que la question primordiale est celle de l’omniscience et donc du savoir.

      Il ne peut y avoir de distinction entre une « volonté antécédente » et une « volonté conséquente » puisque in fine il n’y a qu’une seule réalité, qu’un seul déroulé des événements, et que celui-ci est connu, prévu et conçu par Dieu avant même qu’Il ne se livre à la Création. La volonté de Dieu est ni plus ni moins que ce qui se produit, puisque c’est cette réalité unique qu’Il avait en tête avant de créer.

      > « Adam a choisi de désobéir et il ne peut pas reprocher à Dieu de l’avoir créé avec une âme trop sensible aux arguments d’Ève. Dans ce cas, Dieu aurait créé un autre être et non Adam. »
      Précisément. Dieu a choisi de créer Adam avec son âme sensible, en sachant pertinemment, infailliblement, que cette sensibilité le ferait choir. La Chute était donc très exactement le dessein de Dieu, puisqu’Il a choisi de créer Adam et non un autre être.

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      • Je ne fais que reprendre le point de vue de Leibniz. Pour lui (et d’autres !), l’omniscience n’a aucune importance quant à la liberté de l’âme dont on connaît à l’avance les choix et leurs suites. C’est l’argument du témoin éloigné qui voit un voyageur prendre un mauvais chemin, où l’attendent des brigands. Vous me direz, Dieu, Lui, pourrait ne pas créer les brigands ou envoyer un ange mettre le pèlerin sur le bon chemin, oui, mais Il créerait alors un autre monde, qu’Il a d’excellentes raisons de ne pas créer.

        Il ne s’agit pas d’une antécédence dans le temps, mais selon l’ordre des raisons et de la logique. La volonté antécédente concerne chaque monade isolément. C’est par exemple la volonté divine qu’il n’y ait pas de crime. Elle précède logiquement le choix du monde de compossibilités, monde qui sera élu à l’existence créée. Effectivement, « DIeu a choisi de créer Adam avec son âme sensible » et tout un monde où cette âme était prédéterminée à choir. Dieu aurait pu créer un monde sans le Serpent. Dans le monde choisi par Dieu, la Chute reste la libre faute de cette âme. La Chute reste contraire à la volonté antécédente divine, et elle n’a été permise par Dieu que parce qu’elle était impliquée par le monde élu à l’existence. Elle n’a été voulue que de façon conséquente.

        Tout cela a lieu éternellement et sans succession dans le temps.

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      • @ Didier :
        > « C’est l’argument du témoin éloigné qui voit un voyageur prendre un mauvais chemin »
        Comme vous le soulignez cet argument est inopérant, d’une part parce que le témoin éloigné, avant l’embranchement des chemins, ne sait pas lequel le voyageur va prendre, mais surtout parce que cet argument oublie le fait que Dieu est non seulement omniscient mais aussi créateur, autrement dit que tout événement a été conçu et voulu par Dieu.
        Comme vous le dites, Dieu a voulu créer ce monde exactement comme il se déroule, et pas un autre.

        > « Il ne s’agit pas d’une antécédence dans le temps, mais selon l’ordre des raisons et de la logique. »
        Il ne peut y avoir de différence entre volonté antécédente et volonté conséquente ni dans le temps ni dans la chaîne de causalité, puisque tout est visible simultanément à l’esprit de Dieu avant qu’Il ne crée.

        > « Elle précède logiquement le choix du monde de compossibilités »
        La notion de « possibilité » n’a pas de sens pour un être omniscient. Pour lui il y a ce qui est et ce qui n’est pas, le « possible » n’existe pas.

        > « Dans le monde choisi par Dieu, la Chute reste la libre faute de cette âme. »
        Elle n’est pas libre puisqu’elle est infailliblement préparée et prédéterminée par Dieu. Elle est conçue et mise en scène par Dieu, et exécutée par Adam conformément au plan divin.

        > « La Chute reste contraire à la volonté antécédente divine »
        Si elle était contraire à sa volonté Il ne l’aurait pas créée. Dieu ne peut pas être « surpris » par la Chute puisqu’Il l’a conçue, créée et voulue en créant ce monde.

        > « Tout cela a lieu éternellement et sans succession dans le temps »
        Je ne sais pas ce que vous visez par « tout cela » ; il y a nécessairement succession dans le temps puisque le Créateur précède la créature.

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  7. – Omniscience et liberté. C’est vous qui pensez que l’omniscience est incompatible avec la liberté. Sur ce point précis, l’argument du voyageur est opérant.
    – Volonté antécédente et volonté conséquente. Il y a une différence que la « simultanéité » n’atteint pas. Sur ce point, l’apologue du duel est très bien. Dieu ne veut pas la Chute qu’Il prévoit. Mais Il ne la refuse pas à n’importe quel prix. De même, le prince interdit le duel mais peut se résigner en considérant d’autres circonstances.
    – Par définition, un Être omniscient possède aussi la science médiate des créatures et Dieu sait si ce qui est est nécessairement ou possiblement par rapport aux raisons connues de Ses créatures. Il connaît tous les mondes possibles qu’Il n’a pas choisis, dont celui où le Serpent n’aurait pas existé et où la Chute n’aurait pas eu lieu. Tout n’arrive pas par pure nécessité, certains événements sont nécessaires au sens strict, d’autres non. Seul Dieu existe nécessairement, en fait.
    – La Chute n’est pas « exécutée » par Adam. Adam désobéit. C’est une désobéissance prévue et que Dieu choisit de ne pas empêcher, oui, mais cela reste une désobéissance. Adam choisit de désobéir, en fonction de ses préférences et raisons de désobéir à lui. Que la préparation divine soit infaillible ne change pas cela.

    Point très important qui fait refuser à beaucoup la théodicée et la réconciliation avec Dieu.

    – Dieu a choisi de créer ce monde, malgré la Chute, parce que les mondes où la Chute n’arrivait pas, dans leur ensemble, étaient moins parfaits et achevés que notre monde où la Chute a eu lieu. Dans ces mondes, le Fils ne S’incarnait pas ou S’incarnait sans vraie raison, par exemple. Dieu a créé un monde où arrivent des événements contraires à ce qu’Il veut, des malheurs, alors qu’Il est Bon et veut le bien pour tous. Il permet ces événements car ils participent d’un monde meilleur avec eux que sans eux. Il ne veut pas ces événements particuliers considérés indépendamment du reste du monde. Un peu comme vous, si vous choisissez d’économiser l’eau dans la traversée d’un désert, ne choisissez pas d’avoir soit au début du voyage, mais préférez avoir soif à ce moment-là pour être sûr d’avoir de l’eau jusqu’au bout. Dieu n’est pas « surpris » par la faute, mais elle est contraire à Sa volonté « antécédente » (à ne pas prendre dans un sens temporel).

    – Enfin, sur le dernier point, Dieu transcende le temps, qui n’est qu’un ordre lié à la création, et même pour Leibniz un ordre subjectif, non réel, ordre que la monade met dans ses perceptions, en tout cas conscientes et dans ce qu’elle imagine. L’organisation selon les temps vécus par les monades n’est pour Dieu qu’un ordonnancement des actes des êtres parmi d’autres. Le mot « antécédent » n’a pas une étymologie heureuse. Dieu est éternel, son être transcende le temps. Il n’a pas une volonté au temps 0 qui serait suivie d’une volonté prise en défaut et correctrice au temps 1. Sur ce point au moins, nous sommes entièrement d’accord. Sa volonté est une, ferme et infailliblement suivie d’effet, mais c’est relativement aux événements que nous pouvons la considérer comme antécédente ou conséquente.

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    • >  » C’est vous qui pensez que l’omniscience est incompatible avec la liberté. Sur ce point précis, l’argument du voyageur est opérant. »
      Plus précisément je souligne que l’omniscience DU CREATEUR est incompatible avec la liberté de Sa créature. La comparaison avec le voyageur n’est donc pas valide.

      >  » Dieu ne veut pas la Chute qu’Il prévoit. »
      Dieu la veut, puisqu’Il choisit de la créer. Il veut qu’elle se produise, quelles que soient Ses motivations pour cela.

      > « Il connaît tous les mondes possibles qu’Il n’a pas choisis, dont celui où le Serpent n’aurait pas existé et où la Chute n’aurait pas eu lieu. »
      Exactement. Et parmi tous ces mondes Il choisit, et Il crée, celui où le Serpent existe et où la Chute se produit. Tel est Son choix, Sa décision, Sa création.

      > « C’est une désobéissance prévue et que Dieu choisit de ne pas empêcher »
      Non. Dieu prévoit et donc choisit cette désobéissance, lorsqu’Il conçoit et donc choisit ce monde, parmi tous les mondes possibles, avant de créer Adam. Au moment où ce choix est fait par Dieu, et cette désobéissance posée, Adam n’existe pas, donc Dieu n’a rien à « empêcher ».

      > « Adam choisit de désobéir, en fonction de ses préférences et raisons de désobéir à lui. »
      Ou plutôt : Adam « choisit » de désobéir, en fonction des préférences et des raisons de désobéir que Dieu a placées en lui en parfaite connaissance des actions qui en découleraient.

      > « Dieu a choisi de créer ce monde, malgré la Chute, parce que les mondes où la Chute n’arrivait pas, dans leur ensemble, étaient moins parfaits et achevés que notre monde où la Chute a eu lieu. »
      Sans doute. Et il en découle que l’Homme n’a pas de liberté puisque ses actes, choisis par Dieu, pour que la Chute advienne, sont déterminés avant même que l’Homme n’ait voix au chapitre.
      L’Homme arrive dans un monde où son destin est tracé, ses actes déterminés, sa Chute choisie, et il n’a plus qu’à dérouler le scénario conçu et choisi par Dieu parce qu’il menait au plus grand bien.

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  8. « Bien entendu, dans cet exemple, certains, après avoir été touché par l’eau/la grâce, résisteront à cette grâce, au Saint-Esprit et prendront la décision de ne pas flotter, de résister à l’eau en nageant à contre-sens suivant leur nature pécheresse et coulant ainsi au fond du puits »

    Selon moi, voilà tout le problème de cette parabole! Si l’histoire arrivait pour de vrai, personne ne ferait cette folie de demeurer dans la fosse. Et pourtant, en réalité, la plupart des gens rejette l’offre du salut. Ils résistent.

    C’est donc dire que cette parabole n’est pas exacte et induit en erreur quand à la nature du problème des gens au fond de la fosse. « For Calvinism » de Michael Horton est une excellente réponse à « Against Calvinsm » de Rolger Olson qui mérite d’être lue avant de se faire illusionner par cette parabole. Je le recommande.

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  9. Pingback: Test : Êtes-vous « arminien  sans même le savoir ? | «Un homme et une croix

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