Augustin Gretillat, théologien suisse oublié, sur la prédestination

Avant de vous lancer dans votre lecture, je vous invite à lire cet appel à l’amour, à l’unité et au respect des options théologiques des uns et des autres écrit postérieurement au présent article : Calvin/Arminius a-t-il été crucifié pour vous ?

gretillat200La rencontre d’un esprit doté d’une plume puissante et limpide s’effectue beau temps mauvais temps avec une joie inamissible ! Augustin Gretillat est l’un de ses esprits. Théologien suisse d’expression française du 19e siècle, il fut oublié pour d’obscures raisons sur lesquelles il ne convient pas de s’étancher outre mesure. Après avoir entendu parler de cet auteur par un ami, qui se reconnaîtra s’il lit ces lignes, et « rencontré » cet auteur par le biais du site de numérisation d’anciens livres « ThéoTex« , je me précipitai directement à la bibliothèque. Arrivé avec enthousiasme, je demandais donc à la bibliothécaire, protestante, s’il y avait une chance que les archives contiennent les œuvres de Gretillat, elle me toisa alors d’un regard dubitatif ; elle n’avait manifestement jamais entendu ce nom. Quelques temps après, étonnée elle-même, elle me tendit 6 vieux volumes de théologie systématique datant de 1885-1892 dont je commençais par dévorer goulûment les tables des matières.

Mais venons-en sans plus tarder au fait : en Francophonie, Augustin Gretillat fut, entre autres, un critique du calvinisme et de son élection inconditionnelle ; d’ailleurs, à l’époque, la plupart des réformés non-libéraux n’étaient déjà plus des calvinistes durs (cf. commentaire de « Théotex » sur cet article en bas de la page)… Il se situe ainsi dans les pas de son maître Frédéric Godet, dans ceux d’Amyraul, d’Arminius ou encore de Melanchthon, le doux réformateur. Dès lors, je ne puis résister bien longtemps au désir de vous livrer ici l’introduction et la conclusion de son chapitre sur la double-prédestination, corollaire de l’élection inconditionnelle :

[Introduction – p. 328-331]

« On peut dire que des principaux motifs allégués dans le cours des siècles en faveur de la doctrine de la prédestination absolue, l’un, la nécessité de donner gloire à Dieu seul, l’autre, de sauvegarder le principe de la gratuité du salut, vont à côté ou à l’encontre de ces principes eux-mêmes.

Quant au premier, il nous paraît évident que la gloire de Dieu, c’est-à-dire la reconnaissance de ce que Dieu est véritablement, ne peut procéder que de son essence véritable ; d’où il suit que si Dieu est amour, selon la définition de saint Jean (1 J 4, 8), la suprême gloire de Dieu ne résidera ni dans l’extension indéfinie de son être, ni dans les manifestations de sa toute-puissance, et ne doit pas, dès lors, être identifiée avec elles [il y a un problème de définition, le calviniste définissant l’amour d’une façon ne correspondant pas à la proclamation évangélique].

Il nous sera moins permis encore d’associer la gloire de Dieu aux actes réprouvés par la conscience humaine, en nous représentant la toute-puissance glorifiée par l’arbitraire, la sainteté par le mensonge et la justice par l’injustice. En vérité, le Dieu de la prédestination prétend réunir deux faits qui s’excluent pour le sens commun de l’humanité : l’absoluité de son action irrésistible et la responsabilité de ses victimes.

Le second motif allégué en faveur de la doctrine de la prédestination, se tire d’un malentendu de langage qui oppose l’un à l’autre les deux termes de gratuité et de conditionnalité, en unissant la conditionnalité du salut avec la propre justice de l’homme. Or un don peut être à la fois gratuit et conditionnel ; et sans mériter aucun salaire, l’effort volontaire peut valoir une récompense.

La doctrine de la prédestination a présenté au cours des siècles le plus étrange et le plus contradictoire des phénomènes. Considérée en elle-même, dans ses motifs et dans ses conclusions, elle fut le plus audacieux défi porté à la raison et à la conscience humaine ; une aberration du génie chrétien à laquelle on s’étonnera toujours que la cause de la vérité divine sur la terre ait pu survivre. Et cette doctrine qui a fait Dieu menteur et l’auteur du péché, n’en a pas moins marqué les grands réveils et les grandes régénérations de l’Église. Ce système de servitude a enfanté les libertés modernes. C’est que ce n’est pas à leur valeur intrinsèque, rationnelle ou même morale, qu’il faut juger les doctrines et les systèmes, mais il faut remonter aux sources vives qui les ont enfantés. Augustin, Wiclef, Luther et Calvin ont voulu avant tout donner toute gloire à Dieu et la refuser toute à l’homme ; ils se sont proposé d’arracher l’homme à l’homme et au péché pour le jeter au pied de la croix de Christ ; et Dieu a rendu inoffensifs les alliages que leur génie avait mêlés, à bonne intention, à cette perle précieuse perdue et retrouvée ; et il s’est trouvé que les Érasme de tous les temps, qui n’ont su mettre de leur côté que le bon sens, la sagesse et même la conscience humaines pour défendre la vérité éternelle, ont fini par être condamnés par les faits, et ont eu tort même quand ils ont eu raison.

Aujourd’hui, délaissée des grands souffles qui l’ont jadis portée, vivifiée et amendée, la doctrine de la prédestination aurait perdu toute excuse en conservant tous ses périls. Et il en serait d’elle comme de l’ancienne loi mosaïque qui, périmée, n’apportait plus à ses partisans fidèles ou inconséquents que des formules ou des anathèmes. On peut affirmer, sans être démenti, que le cauchemar d’un Dieu haïssant par décret une partie de ses créatures est levé de dessus la théologie évangélique [Ah, si seulement il savait !].

Mais cette doctrine, qui offense ouvertement la raison et la conscience humaines, est-elle conforme à l’Écriture ? C’est ce que nous avons à examiner. »

[Conclusion – p. 365-366]

« Nous avons donc à nous garder de deux extrêmes opposés dans la doctrine de la prothèse [= prédestination] divine : l’un est la conception que nous pourrions appeler absolutiste, celle qui supprime le facteur conditionnel de la liberté humaine dans les rapports de Dieu avec l’homme, et substitue l’arbitraire au conseil éternel d’amour formé en Dieu à l’égard de tous les hommes. Nous en appelons à l’Écriture et à la conscience pour répondre qu’aucune créature morale ne sera jugée définitivement sans avoir été mise efficacement en demeure de se décider sciemment et volontairement pour ou contre le bien, pour ou contre Dieu ; et que nul ne sera définitivement réprouvé, sans avoir sciemment, volontairement et méchamment, soit dans ce monde, soit dans l’autre, rejeté la grâce de Dieu en Jésus-Christ ; sans avoir commis le crime irrémissible que Jésus lui-même appelle le blasphème contre le Saint-Esprit, Mat. 12, 31.

L’autre conception est celle que nous appellerions égalitaire, qui consiste à opposer le droit de l’homme au droit de Dieu, et porte atteinte à la souveraineté divine, soit en refusant à Dieu la faculté de transporter les prérogatives économiques de la grâce de leurs premiers détenteurs à d’autres jusqu’alors, déshérités (erreur judaïque) ; soit en l’obligeant à répartir également ses dons entre toutes ses créatures (erreur rationaliste) ; et nous résumons comme suit l’exposé de doctrine que nous venons de faire :

1. Toute créature étant appelée éternellement à la félicité parfaite dans la sainteté parfaite, aura reçu au terme des rétributions un part de moyens de grâce nécessaire et suffisante pour obtenir le salut; [il réaffirme ce que tous les Pères de l’Église et les premiers chrétiens affirmaient]

2. Les parts dévolues aux différents agents moraux dans leur dotation initiale, sont inégales et déterminées souverainement et inconditionnellement par la volonté divine;

3. Les responsabilités encourues par les divers agents moraux sont proportionnées aux moyens de grâce qui leur avaient été départis.« 

Source : Gretillat, A., Exposé de théologie systématique. Dogmatique. T. 1. Prolégomènes et cosmologie, Fischbacher ; Neuchâtel, 1888.

Pour pouvoir consulter ou acheter la théologie systématique de Gretillat en format numérique, l’on ira ici. L’on trouvera, à cette adresse, également une biographie de l’homme écrite par Philippe Godet.

8 réflexions sur “Augustin Gretillat, théologien suisse oublié, sur la prédestination

  1. Merci pour ce brillant article, bien écrit (ainsi que pour la pub pour ThéoTeX :>)

    Deux petites rectifications :

    1) Gretillat, d’expression française, était suisse.

    2) De son temps, Gretillat n’a pas été spécialement remarqué pour sa critique des points « durs » du calvinisme, tout simplement parce que les calvinistes eux-mêmes (les réformés non-libéraux) avaient déjà pris leurs propres distances vis-à-vis des rudes conceptions du grand réformateur. Voici par exemple ce qu’écrit Louis Bonnet (pasteur réformé bien connu pour son N.T annoté) dans la préface de l’Institution Chrétienne édition Meyrueis de 1859 :

    =======================
    Quant à Calvin, entraîné par la logique en traitant ce redoutable sujet, il conclut que s’il y a un décret d’élection, il y en a un aussi de réprobation. Voici sa doctrine telle qu’il la définit : « Nous appelons prédestination le conseil éternel de Dieu, par lequel il a déterminé ce qu’il vouloit faire d’un chacun homme. Car il ne les crée pas tous en pareille condition ; mais ordonne les uns à vie éternelle, les autres à éternelle damnation » (3.21.5).
    Cette double prédestination, précédant tous les temps et la création du monde, Calvin l’attribue au « conseil éternel et immuable » de Dieu. « Nous disons que ce conseil, quant aux élus, est fondé en sa miséricorde, sans aucun regard de dignité humaine ; au contraire, que l’entrée de vie est forclose à tous ceux qu’il veut livrer à damnation » (3.21,7). Il faut bien remarquer que Calvin ne prouve la réprobation éternelle, qui n’est nulle part enseignée dans l’Ecriture, que par une conclusion logique : Il y a une élection, donc aussi une réprobation. « Ceux que Dieu laisse en eslisant, il les réprouve » (3.23,1). Admettre l’élection et rejeter la réprobation sans s’inquiéter de la logique, est à ses yeux « puéril et une sottise trop lourde. »

    Rien dans les développements et dans les preuves n’adoucit la crudité de cette opinion. Calvin est convaincu qu’il y va de l’honneur de Dieu » à ce que le côté humain disparaisse dans ses mystérieux rapports pour laisser seule et incontestée la souveraineté divine.
    =======================
    Autre exemple avec le pasteur Franck Coulin (réformé) à l’occasion d’un discours pour le tricentenaire de la mort de Calvin :
    … il était arrivé à une conception systématique de la vérité, celle qu’il a si fortement empreinte du sceau de son génie qu’elle porte encore aujourd’hui son nom, et qu’il a développée dans le plus important de ses ouvrages : l’Institution chrétienne. Ce n’est pas ici le lieu de la juger. Je l’aime, je l’admire, et, jusque dans les excès de sa pensée, je retrouve encore, si j’ose ainsi dire, les excès de sa foi. Cette doctrine rigoureuse de la prédestination qui en est le couronnement, et à quelques égards la condamnation, n’est que l’expression, fausse en logique, du sentiment le plus chrétien dans la pratique, je veux dire l’absolue dépendance vis-à-vis de Dieu de l’âme croyante, qui se donne pour obéir. Aussi étroitement unie aux exigences de la sainteté, elle m’apparaît comme le délire de la foi rêvant l’absolu. C’est une erreur, si vous le voulez, qui pourra devenir chez quelques-uns une erreur impie, mais qui ne peut être nommée, chez Calvin, qu’une sublime erreur. Mais là n’est pas la question. Le système de Calvin, fût-il encore bien plus rapproché de la vérité qu’il ne l’est à mes yeux, fût-il exempt de toute erreur, fût-il, comme il le croyait sincèrement, la vérité même, il a entrepris de l’imposer. Il n’a pas admis qu’autour de lui tout le monde ne comprît pas comme lui, ne raisonnât pas comme lui, ne conclût pas comme lui. Là fut son tort, et il est grave.
    ==============

    La liste pourrait s’allonger, l’ensemble des réformés français orthodoxes du 19° siècle étaient parvenus à un calvinisme de type « modéré ». Si d’après eux l’erreur principale de Calvin avait été de mal comprendre, quoique sincérement, l’honneur de Dieu, on pourrait dire que l’erreur des néo-calvinistes modernes est d’avoir mal compris l’honneur de Calvin : ça n’est en effet pas rendre un bon service à sa mémoire, que de reprendre sans aucune distanciation critique les particularités d’un génie qui vécut il y a cinq siècles. Si Calvin s’est trompé, c’est par conviction ; se tromper par mimétisme et esprit d’école attire moins facilement la sympathie.

    Pourquoi donc s’est fait remarquer Augustin Gretillat, si cela n’a pas été pour son « arminianisme » ? Pour son originalité… originale, sa tendance à spéculer audacieusement et un peu dangereusement dans la métaphysique. En dépit de son portrait de bon bourgeois massif, Gretillat est un non-conformiste à l’humour malicieux, qui au tournant de ses phrases un peu alambiquées, vous tombe dessus pour vous forcer à réfléchir.

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    • Et au niveau de son manque d’impact, pourriez-vous m’éclairer sur ce fait ? Car tous les milieux semblent l’avoir rejeté… Est-ce dû à sa conception de la kénose ? Ou parce qu’il est mort juste après avoir écrit sa systématique ? Il n’a peut-être pas eu assez de temps pour en faire la « promotion » dans le milieu universitaire et ecclésial.

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    • Bonjour Timothée,

      Par le « manque d’impact » tu veux dire que presque personne ne le connaît aujourd’hui dans le milieu évangélique ? Mais c’est tout relatif : de son temps, comme il écrivait fréquemment des articles dans les revues de théologie tout le monde avait entendu parler de lui.

      Il n’est pas le seul théologien d’expression française important à avoir été oublié, et la kénose n’y est pour rien. Par exemple : qui parmi les étudiants de facs évangéliques a lu Prosper-Frédéric Jalaguier, qui fut un réformé classique non-kénotique ? Personne. C’était pourtant un personnage majeur qui a formé presque tous les pasteurs français non-libéraux sortis de la fac de Montauban.

      Je pense que ce constat s’explique par deux facteurs :

      1) De manière générale les écrits protestants qui traversent les siècles sans trop vieillir, ne sont pas les ouvrages de théologie, mais les commentaires exégétiques. C’est la raison pour laquelle Godet est indémodable ; pareil pour Bonnet et son Nouveau Testament annoté. C’est la raison pour laquelle il ne restera pas grand chose de la littérature évangélique contemporaine, pratiquement dépourvue d’exégèse.

      2) De manière particulière, les évangéliques français ont un problème avec l’anglais. Ils s’imaginent que c’est la langue des pasteurs intelligents et des érudits, ce qui est très exagéré.
      Exemples :
      Tu pourras trouver en ligne les commentaires de Calvin sur la Bible, mais en ANGLAIS, pas en français ; ou alors dans des veilles éditions illisibles ou dans des livres papier aux prix exorbitants.

      Les maisons d’édition chrétiennes américaines ont toujours réédité le commentaire sur l’épître aux Romains de Godet, en ANGLAIS. Mais pour le français, qui est la langue originale de l’ouvrage, comme pour Calvin, il a fallu attendre la fin du 20°s. pour le voir réédité, et par des CANADIENS.

      Qui connaît le commentaire sur l’épître aux Philippiens de Albert Rilliet, ouvrage remarquable écrit en bon français ? les américains ! et il y aurait bien d’autres titres à citer.

      Cette anglo-manie assez snob du pupitre branché explique en partie que la plus grande partie des livres disponibles dans les librairies évangéliques sont des ouvrages de 200 pages, en gros caractères, traduits de l’anglais. Aussi tu peux comprendre qu’avec ses six énormes volumes écrits en style soutenu, Gretillat n’a aucune probabilité de se retrouver un jour sous une couverture neuve. Sans parler du coût financier insurmontable que cela représenterait. C’est là que le numérique offre effectivement une seconde vie…

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      • Merci encore pour ta réponse qui continue de m’éclairer par rapport à la question que je me posais.

        Il est vrai que l’anglo-manie est assez proéminente… Par contre, pour ce qui est de la remarque sur le fait que les écrits théologiques non-exégétiques ne passent pas le siècle, j’ai du mal à y adhérer. Que dire de Barth, C.S. Lewis, Pannenberg ou tout autre théologien non-exégète (ou en tout cas pour lequel l’exégèse n’est qu’un outil) ? Barth après un période de mou est revenu puissamment à la mode tandis que Lewis a toujours conservé une grande popularité.

        Je pensais à une autre raison qu’il me semble apercevoir dans ton commentaire sur le style soutenu de Gretillat, c’est le niveau de la discussion. Il cite souvent en grec et en latin sans traductions, ce qui le rend difficile à diffuser. De plus, comme un ami me le disait, il est souvent en dialogues avec les positions de ses contemporains, ce qui le rend moins facile d’accès.

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  2. Je ne parierais pas si dans cent ans Barth sera autant lu que Gretillat aujourd’hui, parce qu’avoir gagné ou perdu n’aura alors plus d’importance pour nous… mais même sans attendre autant, je ne pense pas qu’il y ait en France 1 pasteur sur 100 qui lise du Barth. Tandis que la Bible annotée, les commentaires de Godet, ceux de Matthew Henry, de Barde sur les Actes etc. sont consultés par un grand nombre d’entre eux.

    C. S Lewis, c’est un écrivain plus qu’un théologien, il résistera mieux au temps. Ce sont sans doute ses contes qui auront la durée de vie la plus longue ; c’est un phénomène général chez les écrivains : de Voltaire qu’est-ce qu’on retient surtout ? Candide. De Bunyan ? Le voyage du pèlerin.

    Bonne continuation.

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    • Effectivement, Il est vrai que je me rends compte que les oeuvres théologiques qui ont traversé les siècles sont vraiment les meilleures… Et encore, même elles ne sont pas lus autant qu’elles devraient l’être… Souvent achetées et rangées en bibliothèque

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  3. Pingback: Test : Êtes-vous « arminien  sans même le savoir ? | «Un homme et une croix

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